Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Mouvement communautaire : l’autonomie au service de la transformation sociale

L’action communautaire autonome est un mouvement citoyen de transformation sociale. Il est constitué d’une multitude d’organismes qui sont créés par les communautés et gérés par elles. On les dit « autonomes » parce que leurs membres et leurs conseils d’administration sont majoritairement des personnes visées par la mission sociale du groupe. On leur accole souvent l’étiquette de « par et pour ». C’est une caractéristique importante qui leur vaut un soutien financier du gouvernement, car celui-ci reconnaît leur contribution particulière à l’atteinte d’une société plus égalitaire.

La notion d’autonomie s’applique d’une part aux groupes face à l’État, et de l’autre aux personnes participantes : les groupes leur reconnaissent un pouvoir d’autodétermination et les incluent dans les processus décisionnels. Cette approche permet aux groupes de répondre de façon adaptée aux besoins identifiés par ces personnes, souvent laissées pour compte par les politiques publiques et les programmes sociaux. Les impacts disproportionnés des mesures sanitaires de la COVID-19 sur les personnes marginalisées en est un exemple probant.

L’autonomie permet aux groupes d’être leurs porte-voix, leur permettant de participer au débat public. Elle permet de questionner les politiques publiques afin de mettre en lumière les angles morts. Dans l’exercice de la démocratie, nous ne sommes pas tous égaux, et c’est pourquoi collectivement, nous faisons le choix de rétablir l’équilibre en soutenant financièrement les groupes communautaires autonomes.

Voilà pourquoi nous ne pourrions imaginer le conseil d’administration d’un groupe d’entraide en santé mentale composé uniquement de psychiatres, ni celui d’un groupe communautaire en itinérance composé uniquement de gens d’affaires.

L’autonomie ne peut être brandie pour justifier des pratiques indignes, autoritaires ou discriminatoires, pour justifier ses désirs de croissance ou d’efficacité, calqués sur des pratiques managériales empruntées au libéralisme économique. On ne construit pas de la dignité humaine comme on produit des biens de consommation. On ne fournit pas simplement un maximum de services pour moins cher. On ne remplace pas des intervenants sociaux par des agents de sécurité.

L’autonomie n’est pas un paravent derrière lequel se cacher lorsque nos choix deviennent difficiles à justifier. Il s’agit là d’un dangereux détournement de sens qui ouvre la porte au détournement d’orientation des programmes de financement public.

Quel est donc l’avantage à financer des « groupes communautaires » sans approche communautaire? Quelle est la valeur ajoutée pour la société? Serions-nous simplement tentés de faire le travail de l’État pour moins cher? Ou pire : de perpétuer les oppressions plutôt que de les combattre?  Les organisations qui mettent de l’avant ces stratégies doivent se demander si elles ont encore la légitimité d’utiliser le mot « communautaire ».

L’action communautaire autonome, c’est un mouvement social porté par des valeurs. Un mouvement qui crée du lien social et brise l’isolement.

C’est accueillir les personnes sans les juger et reconnaître leurs expériences. C’est les voir au-delà de leurs problèmes.

C’est reprendre du pouvoir sur sa vie. Passer du « je » au « nous ». Se mettre en action et agir sur son environnement.

C’est viser l’amélioration de la société, pour qu’elle soit juste et inclusive, plutôt que de demander sans cesse aux individus de se faire violence pour s’y conformer.

C’est voir le système qui participe à la création de « problèmes individuels » et les aborder collectivement. C’est réparer le système qui brise les individus.

L’autonomie n’a de sens que dans une perspective de transformation sociale. Autrement, elle devient une carte magique contre l’imputabilité en matière de gestion de fonds publics.

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin